La chambre bleue de Mathieu Amalric

Dans la sélection Un certain regard du Festival de Cannes, on retrouve cette fois La chambre bleue, adaptation du roman policier de Georges Simenon réalisée par Mathieu Amalric, incarnant lui-même Julien, le personnage principal. Ce dernier entretient une relation secrète avec une femme qui l’aime passionnément – ou plutôt obsessionnellement- sans vraiment prêter attention à ce qu’elle lui dit, et surtout à ce qu’il lui répond lorsqu’ils passent leur nuit ensemble. Aussi, tout lui paraît simple et sans complication, du moins jusqu’à ce qu’un crime soit commis et qu’il se retrouve, sans vraisemblablement comprendre pourquoi ni comment, dans un commissariat, à devoir reconstituer des évènements passés sur lesquels il ne s’était jamais attardé auparavant. C’est donc un film avant tout construit comme un puzzle, une quête vers la compréhension, la découverte du passé, que nous propose Mathieu Amalric ; à voir s’il respecte les exigences qu’il s’est posées sur le papier !

 

Le talent de Mathieu Amalric, en tant que réalisateur comme en tant qu’acteur, n’est plus à prouver; aussi ne sommes-nous pas surpris de retrouver un film d’une qualité exceptionnelle, dont transpirent des émotions absolument transcendantes! Ces dernières s’alternent, puis certaines fois se lient pour prendre d’assaut le spectateur de sorte que l’on ne puisse, au premier abord, trouver un quelconque défaut à ce film. C’est en fait une pure réussite, où passion et répulsion s’entremêlent, où l’on rit un instant puis l’on pleure la seconde d’après, mais toujours de très loin. Toujours à travers un personnage dont on ne sait réellement s’il aime, s’il souffre, s’il doute, ou si ce qu’il lui arrive le laisse tout bonnement indifférent. De ce fait, les sentiments qui viennent à nous durant la projection sont avant tout dus à la complexité de ce personnage, mais également de l’intrigue entière, que l’on ne saurait mieux apprécier que grâce à ces acteurs très talentueux– il faut dire que Mathieu Almaric et Stéphanie Cléau, accompagnés de Lea Drucker, forment un casting parfait ! Leurs personnages, s’ils sont assez complexes pour que l’on trouve toujours quelque chose de neuf en eux, le sont également assez pour que l’on ne sache jamais vraiment qui ils sont, ce qu’ils pensent, ce qu’ils ressentent et ce qu’ils veulent, comme si l’on était plongé dans une gigantesque escroquerie. Une escroquerie basée sur une intrigue qui, si elle n’est pas vraiment novatrice en soi, est assez bien exploitée pour en faire un film passionnant !

Cela dit, si les personnages et le jeu des acteurs qui les incarnent font de ce film un concentré d’émotions, c’est avant tout la mise en scène elle-même qui lui donne sa puissance, et l’on comprend très vite que cette dernière n’a qu’un seul et même but : mettre la pression au spectateur. Les scènes de tensions, ou bien les scènes d’intimité complètement assumées; les scènes de terreur et leur musique oppressante ; leurs regards ; leurs silences ; il s’agit toujours de faire monter la température ; de nous montrer que les personnages brûlent, et de nous faire brûler avec. La moindre des scènes, le geste le plus banal d’un personnage, est toujours lourd de tension, lourd d’appréhension quant au dénouement de l’intrigue, mais aussi, et surtout, lourd de captivité. Car ces personnages sont captifs, enfermés dans cette sorte de passion obsessionnelle qui, si certains l’auraient désirée plus explicite, plus violente – il est vrai qu’elle est davantage mise en évidence dans le livre – se ressent ici de manière plus subtile, et ce jusque dans les cadrages.

On retrouvera donc ici un film de très bonne qualité, profondément réfléchi ; une sorte de puzzle, d’énigme dont la plupart des clés de compréhension ne sont pas données explicitement, mais se lisent en filigrane. C’est tout simplement un film intelligent, qui exploite véritablement tous les moyens dont dispose le cinéma pour bouleverser, et pour passionner.

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