Mommy de Xavier Dolan

Mommy
S’il est, de toute la sélection, un film qui pourrait véritablement prétendre à la Palme d’Or, c’est sans aucun doute Mommy, cinquième long-métrage de Xavier Dolan. A tout juste un jour de la remise de la Palme, et surtout après dix jours de déceptions davantage que de bonnes surprises, le Canadien arrive à point nommé et vient quelque peu sauver le festival de l’ennui. Ou plutôt le faire exploser, puisqu’il nous contera ici, avec une ardeur, une violence, une passion qui se font assez rares ces temps-ci, l’histoire d’une veuve devant reprendre en charge son fils, atteint de TDAH (Trouble Déficit de l’Attention Hyperactivité).

Tout le monde sera probablement d’accord pour le dire, Xavier Dolan signe ici son meilleur long-métrage, et de loin. Ses personnages, qui ne sauraient être rendus plus poignants, plus vivants, par la façon dont ils sont mis en scène, gagnent toute notre affection et ce dès les premières minutes du film. Ils dégagent à chaque instant des vagues d’émotion qui envahissent l’écran jusqu’à venir, littéralement, en élargir le cadrage comme s’il était trop étroit pour les contenir. Ainsi le réalisateur joue-t-il sans cesse avec cet écran, qui s’élargit puis se rétrécit, comme si son contenu luttait constamment pour sa liberté, pour s’en échapper et venir s’exprimer jusque dans la salle. On ne peut de ce fait rester insensible à ces images qui, bien loin de chercher à en mettre plein les yeux, mettent en avant des éléments banals, quotidiens, pour nous rendre des scènes finalement bouleversantes. Ces dernières se font ainsi porteuses du portrait magnifiquement beau, drôle, violent, cruel et émouvant, de la relation d’une mère et de son fils qui s’aiment d’un amour inconditionnel. Et si la puissance de ces scènes est déjà saisissante en soi, on sera d’autant plus surpris de constater qu’elle le demeure tout au long du film, sans jamais faiblir. Le réalisateur parvient en effet à les enchaîner tout en leur donnant, à chacune d’entre elles, un intérêt et une force qui leur sont propres. Il n’y a pas une seule longueur, pas un seul moment où l’on n’est profondément touché par ce que l’on voit, où l’on n’est pris dans ces sortes de montagnes russes émotionnelles, ce qui est encore une fois un pur bonheur lorsque l’on repense aux nombreuses longueurs, aux nombreux blancs de la plupart des films de la sélection. Mais il n’en est pas question ici, et il ne faut pas négliger le rôle que joue la musique dans le maintien de cet intérêt, puisque l’on y retrouve de très bons morceaux cultes venant intensifier les actions des personnages et ajouter une touche de poésie aux images.

On ne peut continuer plus longtemps à dépeindre en détail l’excellence de ce film sans évoquer son casting, puisque c’est ce dernier qui en est la source première. Nos trois acteurs, loin d’être simplement bons ou crédibles, sont exceptionnellement talentueux. A croire, d’après leur performance, que leurs personnages ont été créés pour eux ; en tout cas, d’autres acteurs auraient difficilement fait mieux. Antoine-Olivier Pilon, dans le rôle de Steve, est terriblement bouleversant, puis hilarant, puis à nouveau bouleversant, puis les deux en même temps… On en vient à se lier d’un attachement profond pour lui, à un point qu’il est exceptionnel d’atteindre au cinéma, et il en va de même pour Diane, sa mère, qui lui ressemble tant ! Incarnée par Anne Dorval, cette dernière arrive en moyenne à nous faire exploser de rire toutes les deux minutes, et l’on applaudira tant l’originalité du personnage que l’authenticité du jeu de l’actrice. Et puis enfin, il y a Kyla, ou Suzanne Clément ; l’attendrissante voisine dont ils deviennent très proches. Cette femme qui, on ne sait pourquoi, a depuis deux ans beaucoup de mal à parler sans bégayer, et trouve finalement dans ce duo un réconfort qui – l’actrice nous le montre avec talent – va profondément changer sa vie.

En quelques mots, Mommy paraît être l’un des meilleurs films de la sélection, si ce n’est le meilleur. En fait, c’est un véritable chef d’œuvre, et de ce fait un très sérieux prétendant à la Palme d’Or. Nous serons donc très nombreux demain soir à croiser les doigts pour notre cher Dolan, qui mérite plus que n’importe cette fameuse Palme ! A voir absolument.

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