Saint Laurent de Bertrand Bonello

Réalisé par Bertrand Bonello et diffusé pour la première fois le matin du 17 mai, le long-métrage Saint Laurent entre dans la compétition officielle du Festival de Cannes, et donc en lice pour la Palme d’Or ! C’est là un retour sur la vie du grand couturier qui nous est offert, ses réussites et déceptions, ses grandes rencontres et surtout les nombreuses crises qui vont marquer sa vie professionnelle comme personnelle. Sorti seulement quelques mois après le Biopic réalisé par Jalil Lespert, ce film semble, contrairement à ce dernier, s’affranchir des conventions et obligations d’un Biopic ordinaire, en jouant avant tout la carte de la créativité, et de l’esthétisme!

que-pensez-vous-de-ce-nouveau-long-metrageD’accord, le film présente certaines longueurs. D’accord, certaines scènes ne servent pas à grand-chose ; mais ce ne sont certainement pas ces quelques broutilles qui vont enlever à cette réalisation le charme dont elle est pourvue. Parce qu’il faut le dire, Bonello nous rend ici un travail de mise en scène d’exception, comme s’il menait lui-même cette quête de la perfection esthétique dont il est si souvent question dans son film. En fait, il met tout simplement en scène le beau, le beau que l’on retrouve à travers tous les ingrédients du portrait sulfureux de ce personnage aux mille facettes : il y a de l’élégance ; du style, de l’art, de l’intelligence -beaucoup d’intelligence – puis il y a aussi de l’érotisme, de la fièvre, des excès, du trouble et du doute. Voilà avant tout ce qui distingue ce film de celui de Jalil Lespert : le travail de l’esthétisme, celui d’une mise en scène soignée, d’une musique, de décors et de couleurs magistraux, mais aussi de personnages beaux et torturés, parfaitement interprétés par un casting judicieusement constitué ; Gaspard Ulliel, ressemblant comme deux gouttes d’eau à celui qu’il incarne, arbore une gestuelle, et une façon de s’exprimer admirables, et vraisemblablement longuement travaillées, faisant de lui un Yves Saint Laurent parfait ; il en va de même pour Jérémie Renier, dans le rôle de Pierre Bergé, touchant et convaincant, et l’on applaudira également la prestation de Louis Garrel (Jacques de Bascher) , mystérieux, sensuel et raffiné, tout comme celle de Léa Seydoux, qui nous fait une Loulou absolument magnifique et pétillante !

Bien malheureusement, il est fréquent que lorsque l’on se lance dans un éloge interminable du soin porté à l’esthétique et à l’ambiance générale d’un film, c’est pour ensuite déplorer son manque de profondeur, et c’est encore une fois, et plus que jamais le cas ici. Car ce film, au vu de ce qu’il nous offre, aurait pu être bien plus que ce qu’il est, bien plus qu’une simple présentation, haute en couleur, d’un couturier vaguement souffrant. S’il nous est clair, à certains moments, que Saint Laurent va mal, on ne fait que nous le montrer de manière très succincte et confuse, comme si ce n’était pas vraiment important ; comme si ces moments de folie, ces moments de fièvre, n’avaient été mis en scène que parce qu’il fallait en parler. En vérité, on ne les ressent pas, et l’on ne les comprend pas véritablement. Aussi la mise en scène, à l’origine l’atout majeur du film, perd-elle toute sa puissance lorsqu’il s’agit de retranscrire les sentiments personnels et profonds de ce personnage dont on ne sait finalement pas grand-chose : elle retranscrit la créativité, puis la débauche à la perfection, mais en aucun cas l’on ne ressent ici la folie telle qu’elle devrait être ressentie. Cela ne fait donc de ce film, après coup, qu’une simple coquille vide, une mise en scène magistrale de la vie d’un homme sans qu’elle ne nous laisse jamais découvrir quoi que ce soit de profond, de personnel sur ce dernier. Plutôt paradoxal pour un Biopic.

En quelques mots, un film raffiné, intense, mais n’allant pas au bout des choses lorsqu’il s’agit des sentiments personnels de Saint Laurent. En fait, il y a un tel travail esthétique que l’émotion est très peu présente. C’est vraiment dommage, et très décevant au regard du potentiel évident de ce film.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Anti-Spam Quiz: