The Homesman de Tommy Lee Jones

Dans la catégorie western, ou plutôt anti-western, j’appelle Tommy Lee Jones, et son déroutant The Homesman ! Il s’agira ici de l’adaptation du roman de Glendon Swarhtout, contant l’histoire d’une pionnière, Mary Bee Cuddy, chargée de conduire trois femmes ayant perdu la tête chez leurs familles, dans l’Iowa. Elle rencontre au passage George Briggs, qu’elle va forcer à partir avec elle et à l’aider dans sa quête. Tommy Lee Jones dédie ainsi son cinquième long-métrage aux femmes, dénonçant les violences qui leur sont faites, et le peu de considération qu’on leur accorde.

Couleurs chaudes, paysages déserts ou bien vieux villages aux allures délavées; chapeaux de cow-boys et duels au révolver, The Homesman prend vraiment des airs de western, du moins jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que tout est fait…à l’envers. A commencer par la condition de la femme. Si elle ne semble être, au début du film, qu’une simple possession de l’homme, reléguée aux tâches ménagères, on change bien vite d’impression lorsque l’on rencontre Cuddy. Cette dernière arbore une vie solitaire, et se montre capable de tout gérer par elle-même, tout comme elle va prendre en charge une quête qu’aucun homme n’a le courage d’effectuer. Pourtant, si le réalisateur affiche déjà son désir d’aller à contre-courant en adaptant une intrigue de l’ouest qui confie sa quête principale à une femme, le summum de l’anti-western va être atteint lorsque l’on comprend que les personnages vont…vers l’est. Ils font le chemin inverse, et ce pour tenter de guérir des femmes qui semblent davantage subir l’ouest qu’en profiter, détruisant alors tout le mythe qui entoure l’époque. On a donc ici une réflexion de qualité sur cette dernière, qui sera cela dit le plus souvent dédramatisée par les deux personnages principaux; et si George Briggs (Tommy Lee Jones lui-même) amuse avant tout pour ses sarcasmes et son égoïsme prononcé, notre pauvre Mary Bee Cuddy (Hilary Swank) nous fera surtout rire pour son désespoir de se marier un jour- désespoir tout de même plus ou moins contradictoire avec le message du film – et son autoritarisme buté.

Hilary Swank incarne à la perfection cette femme solitaire très croyante, fidèle à ses principes, altruiste, mais aussi très autoritaire et un peu névrosée sur les bords. Et puis, à l’extrême opposé, on retrouve le personnage de Jones, Briggs, qui n’a absolument aucun principe et ne suit Cuddy que pour avoir les trois-cent dollars qu’elle lui a promis. Enfin, il y a ces trois femmes qui ont perdu la raison, jouées par Sonja Richter, Grace Gummer, et Miranda Otto. Si ces dernières ne parlent pas, la démence se lit parfaitement sur leur visage et dans leur gestuelle, toujours pleine de violence ou de mélancolie; le regard vide ou bien profondément terrifié. On voyagera ainsi avec ces cinq personnages, traversant de très beaux paysages qui tireront cette beauté, non pas d’une apparence paisible mais de la violence, de l’hostilité des éléments qui les composent, de leur dangerosité et de la lutte qu’entreprennent les personnages contre eux. Dans tous les cas, ce film, racontant l’histoire d’une femme qui part vers l’est, d’autant plus pour ramener des femmes malades chez elles- aspect qui n’avait jamais été abordé auparavant- affiche, en tous points, une volonté d’être novateur. Peut-être l’est-il véritablement dans le regard qu’il porte sur l’époque, mais il tourne cependant l’intrigue de sorte que tous ses efforts perdent finalement leur sens. D’autant plus qu’il n’y a absolument rien de novateur dans la mise en scène et la narration qui sont, au contraire, très classiques. Les bonnes intentions du film s’en voient donc gâchées, ce qui est bien dommage !

Pour conclure, on regrettera dans ce film quelques contradictions dans son traitement de l’intrigue, ainsi qu’une mise en scène et une narration très traditionnelles. Il n’en reste pas moins un très beau film, divertissant, intelligemment construit et porteur d’une réflexion nouvelle sur l’époque qu’il traite. A voir également pour l’excellent jeu d’acteur.

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