Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan

Dans la sélection officielle du Festival de Cannes, c’est cette fois de Winter Sleep, réalisé par Nuri Bilge Ceylan, dont il est question. Contrairement à Grace de Monaco, qui s’était malheureusement vu hué en projection presse – les goujats ! – ce film semble avoir plus ou moins satisfait l’opinion populaire, mettant en scène la vie tourmentée et conflictuelle d’un couple tenant un hôtel en Anatolie. On y assiste ainsi aux longues et nombreuses disputes de ces deux conjoints, dont un vieux comédien à la retraite, égocentrique, égoïste et misanthrope, et sa jeune femme, tentant tant bien que mal de se réaliser par elle-même et de mener des projets sans que son mari ne vienne y mettre le nez.

S’il est tout à fait évident, au vu du succès de ce film, que nous nous attèlerons plus tard à pointer du doigt ses multiples, variés, et fâcheux défauts, il y a tout de même certains points, certaines réussites, qui méritent d’être évoqués, à commencer par la qualité de la mise en scène et du montage. On peut en effet féliciter le réalisateur pour les très beaux plans qu’il nous offre, ses cadrages soignés, et très nombreux arrêts sur une nature paisible et apaisante à souhait. Ce qui est d’autant plus intéressant demeure le comportement des personnages face à cette nature puisque, paradoxalement, ils n’y passent que très peu de temps et la contemplent généralement de l’intérieur, à travers la fenêtre, seule véritable source de lumière de la maison. Ainsi l’ambiance a priori sombre et calme de cette dernière finit-elle par mettre en évidence une certaine forme d’emprisonnement, de captivité, que les trois personnages vont vivre de manière totalement différente. Pour ce qui est d’Aydin, parfaitement incarné par Haluk Bilginer, il en est la cause première ; égocentrique, paternaliste, assoiffé de contrôle et de pouvoir, il étouffe ceux qui l’entourent, dont sa sœur (Demet Akbağ ) qui ne mâche pas ses mots pour le lui faire comprendre. L’actrice n’a aucune peine à convaincre et joue son rôle à merveille, tout comme Melisa Sözen dont le visage porte très bien la détresse d’une jeune femme rongée par la captivité et l’oisiveté forcée.

Voilà voilà. Le tour est fait, mesdames et messieurs, c’étaient les points positifs ! Des éléments intéressants, mais tout de même pas assez pour faire passer, comment dire…le film en lui-même. En toute honnêteté, jolis plans et bon casting mis de côté, tout ce qui reste de ce film ne tient qu’à un interminable enchaînement de conversations dites philosophiques, dont le manque évident de profondeur parviendrait à maintenir un certain intérêt si elles n’étaient pas aussi longues et surtout suivies et précédées de simples prises de paysages. Il ne faut tout de même pas oublier que le film dure 3h17, longueur qui aurait pu ne pas se faire ressentir si l’on ne s’était pas attardé sur ces sortes de débats creux, sans issue, qui finissent par rendre assommants les magnifiques panoramas qui les accompagnent. On pourrait tout de même, de ce fait, accorder au film le mérite de faire ressentir aux spectateurs l’enfermement, l’agacement et la lassitude des personnages. Reste à savoir si le fait que notre agacement soit dû, non pas à notre proximité vis-à-vis de ces personnages, mais au manque d’intérêt que nous inspire le film, constitue vraiment un point positif en soi.

Bref, on sera satisfait de la qualité de la mise en scène, de certaines subtilités de la part de la réalisation, et de sa capacité à nous faire ressentir les souffrances de nos chers personnages. Bien malheureusement, l’ensemble du film, malgré ses quelques réussites, se voit gâté par ses nombreuses longueurs, alternant les débats sans fin et les panoramas silencieux. De quoi devenir profondément assommant !

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